PS : les petits calculs des candidats au cumul des mandats

L’application de la loi repoussée en 2017, de jeunes parlementaires socialistes entendent en profiter pour se présenter aux municipales l’an prochain.

C’est ce que l’on appelle un effet collatéral. En acceptant, sous la pression de sa majorité, de repousser l’application du non-cumul des mandats à la fin de son quinquennat – et donc de la législature en cours -, François Hollande a créé une foultitude de vocations de… cumulards. S’engouffrant dans la faille calendaire, certains parlementaires socialistes ne cachent plus leur intention de se présenter l’an prochain aux municipales. Pour «tirer les listes» grâce à leur étiquette de député ou de sénateur, soutiennent-ils.

Pour eux, il sera toujours temps de renoncer à un de leurs mandats quand ils seront sous le couperet de la loi, en 2017. Peu importe à ces jeunes pousses de jeter aux orties les grands principes socialistes de modernisation de la vie politique. Et avec, la lettre qu’ils avaient signée il y a deux ans pour être investis par le PS aux législatives et dans laquelle ils s’engageaient à renoncer à tout mandat exécutif local. Se construire un fief vaut bien quelques entorses à la règle de vie collective…

«Ils font ça pour leur implantation, rester bien ancrés, déplore Pouria Amirshahi, député des Français de l’étranger. Je suis contre. Le cumul, au mieux, c’est un anachronisme. Au pire, c’est un abus de pouvoir.» Ce qui ne semble pas refroidir Mathieu Hanotin, député de Seine-Saint-Denis, tenté par la mairie de Saint-Denis, même s’il s’en défend officiellement pour l’instant. Il avait déjà été candidat aux municipales en 2008, à 28 ans, face au maire sortant communiste, Didier Paillard. En novembre, le parlementaire a créé une association, Saint-Denis demain, censée réfléchir à la ville «dans dix ans», mais ses adversaires – internes ou non – ne sont pas dupes.

Sueurs froides. A Montreuil (Seine-Saint-Denis), Razzy Hammadi tourne moins autour du pot. Au fil de l’hiver, le député a répété qu’il était «prêt à prendre ses responsabilités» l’an prochain. Pour lui, Montreuil, que dirige l’écologiste Dominique Voynet depuis 2008, se caractérise par une «division exacerbée de la gauche, une multitude de candidatures et une absence totale de projet politique». Ses velléités donnent des sueurs froides à l’état-major du PS : Montreuil, c’est la seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par les écologistes. A l’heure où les socialistes réclament des listes communes avec Europe Ecologie – les Verts dans toute la France, il paraît pour le moins gonflé de leur mettre une liste concurrente dans les pattes à Montreuil. Ce serait «une mauvaise manière qui pourrait nous coûter cher», résume un ténor de la majorité. «La seule question qui vaille est de savoir si nous pouvons gagner seuls et la réponse est : ce sera très difficile»,explique le patron des députés PS, Bruno Le Roux. Lui aussi élu de Seine-Saint-Denis, il préférerait une liste d’union conduite par Voynet.

Sous la pression des militants, certains socialistes s’interrogent. Approchée, chouchoutée, draguée, la députée de la Somme Pascale Boistard a tenu bon pour refuser de se présenter à Amiens. «Il n’y a pas deux règles : les générales et les personnelles», balance-t-elle pour justifier sa décision. Elue l’an dernier en Seine-Maritime, à la faveur de la vague rose, Estelle Grelier s’est, elle, fait «engueuler en section» à Fécamp, quand elle a annoncé qu’elle ne voulait pas être candidate à la mairie et qu’elle ne se représenterait pas à la présidence de la communauté d’agglomération de Rouen. Mais le doute est là, car ce qui est en jeu, c’est le renouvellement. «Si je ne suis pas candidate, c’est quelqu’un de 60 ans qui rempile», laisse-t-elle échapper avant de se raviser. A 40 ans, la députée «ne veut pas passer pour la vieille ringarde» : elle ne cumulera donc pas.

Realpolitik. Depuis qu’il est à la tête du Parti socialiste, Harlem Désir a fait du non-cumul des mandats l’un de ses principaux chevaux de bataille, réclamant son application dès l’an prochain. En vain. Mais après avoir brandi pendant tout le printemps la menace de ne pas investir des candidats au cumul – d’hier ou de demain – Solférino se garde de sanctionner les jeunes loups prêts à se lancer à l’assaut des mairies au mépris de la position officielle du parti. «On ne peut pas leur interdire de se présenter», dit-on dans l’entourage du premier secrétaire, se retranchant derrière des statuts qui ne prévoient pas de solution pour cette anomalie. Où quand la realpolitik confine au cynisme. Alors que les premiers sondages prédisent une séquence électorale délicate pour la gauche, si cela pouvait aider à conserver des villes, voire – c’est plus improbable – en gagner, pourquoi s’en priver ? Envolés, les principes.

LILIAN ALEMAGNA ET LAURE BRETTON – Libération – 08 août 2013 – Lien

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